Qu’est-ce que le Plérôme ?
- Pascale de Tol

- 4 janv.
- 7 min de lecture
Le mot Plérôme apparaît rarement dans les discours spirituels contemporains, et lorsqu’il est évoqué, il est presque toujours mal compris. Tantôt assimilé à un paradis, tantôt confondu avec une dimension lumineuse, tantôt récupéré par des discours vibratoires modernes, il a perdu sa densité originelle.
Pourtant, dans la Gnose, le Plérôme constitue la clé de compréhension de tout : de l’origine de l’étincelle divine, de la chute, de l’oubli, de la venue du Christ, et du chemin intérieur que certains êtres ressentent sans toujours savoir le nommer.
Parler du Plérôme, ce n’est pas ajouter un concept de plus à un paysage spirituel déjà saturé. C’est au contraire revenir à la source, là où toute quête cesse d’être une recherche extérieure pour devenir un souvenir intérieur.
La Gnose ne propose pas une ascension vers le Plérôme, elle affirme que le Plérôme est l’origine, et que tout ce qui cherche à l’atteindre comme un objectif passe déjà à côté de sa nature.
Le Plérôme dans la Gnose : une notion souvent mal comprise
Le Plérôme dérange parce qu’il ne se laisse pas instrumentaliser. Il ne promet aucune récompense, n’impose aucun effort moral, et ne valide aucune hiérarchie spirituelle.
Dans un monde où la spiritualité est souvent présentée comme un chemin de progression, d’amélioration ou de purification, le Plérôme introduit une rupture radicale :
il n’y a rien à améliorer, seulement quelque chose à reconnaître.
La confusion commence souvent avec le langage, le mot Plérôme signifie littéralement plénitude.
Pas un lieu rempli de lumière, pas un royaume céleste peuplé d’êtres supérieurs, mais un état d’Être total, indivisé, antérieur à toute séparation.
Lorsque les textes gnostiques parlent du Plérôme, ils parlent d’une réalité qui précède la création du monde tel que nous le connaissons, et même la notion de monde.
Cette réalité est si éloignée de nos catégories mentales habituelles qu’elle a été progressivement réduite, simplifiée, voire effacée. Les traditions religieuses institutionnelles ont remplacé le Plérôme par un ciel moral, gouverné par un dieu juge.
Les courants spirituels modernes l’ont souvent transformé en dimension vibratoire supérieure à atteindre, dans les deux cas, le cœur du message est perdu.
Le Plérôme n’est pas un lieu
C’est sans doute la clarification la plus importante à poser, car elle conditionne tout le reste.
Pas un ciel
Le Plérôme n’est pas un ciel au-dessus du monde. Il ne se situe pas “plus haut”, ni dans une géographie cosmique, ni dans une hiérarchie des plans. Penser le Plérôme comme un ciel revient à le projeter dans l’espace, alors qu’il est antérieur à toute spatialisation.
Les cieux décrits dans de nombreuses traditions relèvent des mondes intermédiaires, subtils ou astraux. Ils peuvent être lumineux, structurés, ordonnés, parfois rassurants. Le Plérôme, lui, n’est pas structuré. Il n’est pas ordonné selon des lois, il est plénitude sans division.
Pas une dimension
Le langage contemporain parle souvent de dimensions : troisième, cinquième, septième dimension, et ainsi de suite. Ces notions peuvent avoir une cohérence dans certains cadres symboliques, mais elles restent liées à une progression spatiale ou vibratoire. Le Plérôme ne se situe dans aucune dimension, car la notion même de dimension suppose une séparation, un “ici” et un “ailleurs”.
Dans la Gnose, le Plérôme est avant l’“ailleurs”. Il est avant l’expérience de la séparation qui rend nécessaire toute cartographie cosmique.
Pas un plan vibratoire
Là encore, une confusion fréquente consiste à associer le Plérôme à une fréquence très élevée. Or, parler de vibration implique une oscillation, un mouvement, une variation, le Plérôme n’oscille pas, n’évolue pas, il ne monte ni ne descend.
Le Plérôme est la plénitude immobile de l’Être, et c’est précisément pour cela qu’il ne peut être perçu par les outils habituels de la conscience ordinaire. Toute tentative de le ressentir comme une énergie particulière le fait déjà basculer hors de sa nature.

Le Dieu du Plérôme
Dans la Gnose, le Dieu du Plérôme n’a presque rien à voir avec le dieu des religions institutionnelles. Il ne gouverne pas le monde, ne le juge pas, ne le récompense pas et ne le punit pas. Il ne surveille pas les comportements humains et n’attend aucun culte.
Le Dieu du Plérôme est souvent nommé le Père invisible, le Principe, ou simplement l’Origine. Il est inconnaissable, non pas parce qu’il serait caché, mais parce qu’il est antérieur à toute forme de connaissance duale. Le connaître comme un objet revient déjà à le perdre.
Ce Dieu n’agit pas par volonté, mais par émanation. Il ne crée pas le monde par un acte volontaire, il émane, et de cette émanation naissent les étincelles divines. Ces étincelles ne sont pas des créatures au sens classique, mais des expressions de la plénitude, porteuses de la même nature que leur origine.
Émanation, chute et oubli
La Gnose ne parle pas d’une chute morale, encore moins d’un péché originel. La chute est avant tout un événement de conscience.
Les étincelles issues du Plérôme entrent dans une expérience de séparation. Cette séparation n’est pas une faute, mais une conséquence de la manifestation. À mesure que la conscience s’éloigne de la plénitude indivise, elle entre dans des mondes de plus en plus structurés, de plus en plus fragmentés.
Le monde matériel représente l’un des niveaux les plus denses de cette fragmentation. Il est gouverné par des puissances que les textes gnostiques appellent archontes, forces organisatrices qui maintiennent l’ordre du monde, mais au prix de l’oubli de l’origine.
L’oubli est la clé. Les étincelles ne perdent pas leur nature divine, mais elles l’oublient. Elles s’identifient à la psyché, au corps, à l’histoire personnelle, elles se croient issues du monde, alors qu’elles y sont étrangères.
Le lien entre le Plérôme et l’étincelle divine
C’est ici que la Gnose devient particulièrement dérangeante pour les discours spirituels égalitaristes contemporains.
Tous les êtres humains ne portent pas l’étincelle divine, cette affirmation n’est ni une condamnation ni une hiérarchisation morale, elle décrit une réalité vibratoire.
L’étincelle divine ne se fabrique pas, ne s’acquiert pas, ne se mérite pas. Elle ne résulte pas d’un travail spirituel, d’une purification ou d’une accumulation de bonnes actions, elle est soit présente, soit absente.
Chez ceux qui la portent, l’étincelle conserve une mémoire du Plérôme, même si cette mémoire est enfouie, recouverte, parfois presque inaccessible. Cette mémoire se manifeste souvent par un sentiment d’étrangeté au monde, une nostalgie difficile à nommer, un refus intérieur des illusions proposées comme vérités.
Pourquoi le Plérôme n’est pas un objectif à atteindre
C’est l’un des points les plus souvent mal compris. Si le Plérôme est l’origine, il ne peut devenir un objectif, chercher à retourner au Plérôme comme on chercherait à atteindre un sommet spirituel revient à se placer encore dans une logique du monde : progression, effort, mérite.
La Gnose ne propose pas une ascension, mais un retournement intérieur. Ce retournement ne consiste pas à monter vers le Plérôme, mais à retirer ce qui empêche la reconnaissance de ce qui est déjà là, au plus intime.
Il ne s’agit pas de purifier l’étincelle, car elle est déjà pure. Il s’agit de desserrer l’emprise des identifications, des croyances, des illusions qui maintiennent la conscience tournée vers l’extérieur.
Le Plérôme et l’énergie christique
C’est ici que le lien avec l’énergie christique devient évident. Le Christ, dans la Gnose, n’est pas un personnage historique divinisé, mais une émanation directe du Plérôme. Il représente une intelligence de rappel, une vibration de reconnaissance envoyée dans les mondes de l’oubli.
Jésus, en tant qu’être incarné, a été le porteur de cette énergie. Il n’est pas le Plérôme incarné, mais un véhicule capable de laisser passer une émanation pléromique dans le monde matériel. L’énergie christique ne vient pas sauver le monde, ni réparer une faute, elle vient fissurer l’oubli.
Elle agit comme un signal de reconnaissance pour les étincelles endormies. Ceux qui ne portent pas l’étincelle peuvent être touchés émotionnellement, intellectuellement, mais ils ne reconnaissent pas l’appel de l’intérieur. Pour ceux qui portent l’étincelle, l’énergie christique réveille une mémoire ancienne, souvent bouleversante.
Pourquoi cette notion a été effacée
Le Plérôme est dangereux pour toute institution fondée sur la médiation. S’il n’y a rien à atteindre, rien à mériter, rien à négocier avec un dieu extérieur, alors les structures de pouvoir spirituel perdent leur raison d’être.
Les religions ont remplacé le Plérôme par un ciel conditionnel. Les mouvements spirituels modernes l’ont remplacé par des objectifs vibratoires, dans les deux cas, la dépendance est maintenue.
La Gnose, en affirmant que la vérité se reconnaît de l’intérieur et qu’elle ne dépend d’aucun intermédiaire, a été accusée d’hérésie. Non parce qu’elle était fausse, mais parce qu’elle rendait les êtres souverains.
Se souvenir du Plérôme aujourd’hui
Se souvenir du Plérôme ne signifie pas quitter le monde, ni mépriser l’incarnation. Cela signifie cesser de croire que le monde est la source de ce que nous sommes. Pour ceux qui portent l’étincelle, ce souvenir transforme la relation à la spiritualité.
Il n’y a plus de course, plus de comparaison, plus de quête extérieure effrénée. Il y a un dépouillement progressif, une simplification, une fidélité à ce qui résonne juste intérieurement.
Le Plérôme ne promet aucune consolation facile, il ne supprime pas les difficultés humaines, mais redonne une verticalité intérieure qui ne dépend plus des circonstances.
Le Plérôme et l’enseignement originel de Jésus
Ce travail de clarification autour du Plérôme entre directement en résonance avec le livre "Ce que Jésus a dit et que le monde a voulu taire".
À travers une lecture gnostique rigoureuse des paroles de Jésus, ce livre met en lumière un enseignement centré non sur la croyance ou l’obéissance, mais sur le souvenir intérieur.
Jésus n’y apparaît pas comme le fondateur d’une religion, mais comme un porteur de mémoire, rappelant à certains êtres leur origine pléromique et la présence intacte de l’étincelle divine en eux.
Ce livre prolonge ainsi la même intention : retirer les voiles, pas pour ajouter un savoir, mais pour laisser émerger une reconnaissance.
Conclusion : le Plérôme comme origine, pas comme refuge
Le Plérôme n’est pas un refuge où fuir le monde, il est l’origine silencieuse qui rappelle à certains êtres qu’ils ne sont pas issus d’ici, même s’ils y vivent.
Il ne s’agit pas de retourner au Plérôme comme on retournerait à un lieu perdu, mais de reconnaître que la séparation n’a jamais touché l’essence.
La Gnose n’enseigne pas comment devenir divin, elle rappelle que, pour certains, le divin a toujours été là, voilé, mais intact.
Le Plérôme n’est pas une promesse, il est une mémoire.
Pascale de Tol




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